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Le Miel Made in Congo de Moïse

  • Photo du rédacteur: Lys Makima
    Lys Makima
  • 21 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 févr.

Au cœur de Fond Tié Tié, quartier animé de Pointe Noire, vit Moïse NGOUAMBA, jeune entrepreneur visionnaire et déterminé. Moïse est apiculteur, il élève les abeilles et produit du miel qu’il commercialise. Informaticien de profession, Moïse consacre la majorité de son temps à l’apiculture.



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"J’adore les animaux et la nature depuis tout petit, à tel point que je m’imaginais déjà faire un métier où j’étudierai le fonctionnement de la nature sans cesse ! En grandissant et avec les responsabilités, mon rêve est devenu plus sérieux. J’ai toujours pensé que l’on peut joindre l’utile à l’agréable en apportant des solutions, surtout lorsque je constate maintenant que nos richesses locales ne sont pas exploitées. Nous avons énormément de ressources naturelles au Congo, malheureusement, celles-ci finissent par disparaître car nous n’avons pas le réflexe de les cultiver, de les élever, de les domestiquer afin d’en assurer leur pérennité. Je me suis rendu compte que le miel était une ressource qui n’était pas pérenne au Congo. Lorsque certains souhaitent avoir du miel, ils se rendent en brousse, abattent les arbres et détruisent les colonies d’abeilles. Personne ne pense à les domestiquer... J’ai donc pris une décision ; élever les abeilles afin de fournir du miel de qualité aux populations qui en demandent. "


Motivé par la passion et convaincu par la pertinence de ses idées, Moïse s’est lancé dans un apprentissage acharné du métier.


" En 2009, le père d’un ami a lancé un projet ayant pour but ; la valorisation des produits forestiers tel que le bois. Il recherchait un informaticien pour installer du matériel informatique nécessaire aux activités et c’est moi qu’il a recruté. Sur place, je me suis rendu compte qu’ils avaient tout une documentation sur l’apiculture. C’est à partir de cette documentation que j’ai pu me former et apprendre les bases du métier d’apiculteur. J’ai abordé la partie pratique avec un consultant qui travaillait au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement du Congo). J’avais déjà cette idée de me lancer dans l’apiculture mais je n’avais pas ni les connaissances et ni les moyens techniques. Il y a un énorme fossé entre vouloir domestiquer l’abeille africaine, produire du miel et mettre tout cela en pratique. Je me suis donc lancé dans un apprentissage de la production, sans relâches. À terme, je souhaitais offrir à la population locale, un produit qui serait l’aboutissement de tous les efforts fournis. En 2013, cela a pris forme car je maîtrisais maintenant l’élevage de l’abeille et la production du miel. Je me suis associé à mon père et deux autres amis. Nous avons créé le groupe MAJORIS, qui est une société d’agroalimentaire œuvrant pour la culture de toutes ces richesses naturelles laissées à l’abandon. Nous souhaitons les rendre disponible auprès des populations et bien sûre, assurer leur pérennité. Nous avons commencé par une première gamme de miel congolais : Melissa ."



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" Melissa " est un jeu de mot. En lingala, « Melissa » veut dire faire boire. Aussi, dans la mythologie gréco-romaine, Melissa est la nymphe qui apportait le miel aux divinités. Moïse a su saisir les opportunités d’une richesse forestière impressionnante.


"Au Congo, il y a énormément de zones vierges qui n’ont pas été modifiées par l’Homme ou polluées par une agriculture intensive. Si l’on décide d’exploiter ces zones, on peut être surs que nos récoltes ne seront pas polluées. Ensuite, d’un point de vue purement pratique, il y a très peu de concurrence sur le terrain. Cela limite les techniques artificielles pour forcer les abeilles à produire plus. Enfin, l’abeille africaine, que la science appelle « Apis Melifera Adansonii », est beaucoup plus travailleuse que l’abeille européenne. Elle est également moins sujette aux maladies. Donc en termes de rendement et de productivité, nous n’avons pas à nous plaindre. "


La particularité du miel congolais ?


"C’est un miel qui a été fait à partir de plantes exotiques. Dans les grandes surfaces, nous trouvons essentiellement du miel de fleurs. Ces miels ont été faits à partir de fleurs occidentales, européennes comme la Luzerne, le Coquelicot etc... Ici, nous avons notre propre écosystème de plantes africaines qui nous permet de réaliser du bon miel. Les goûts sont très divers selon les régions et les plantes. C’est un véritable miel de forêt, avec tout ce que cela implique. Pour le moment, nous récoltons le miel à Nkayi, dans le département de la Bouenza. Une partie du miel que nous commercialisons, provient également d’Impfondo, dans le département de la Likouala. C’est un très bon miel forestier. J’envisage d’ouvrir une miellerie à Pointe Noire… Nous avions fait quelques récoltes dans le Kouilou et le miel y est aussi de qualité. "



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Nkayi et Impfondo sont des villes situées à plus de 230 kilomètres de Pointe Noire. Chaque déplacement est un véritable challenge…


" Lorsque l’on a 100 ruches dispersées dans la nature et que l’on doit leur rendre visite tous les 8 jours, ce n’est pas évident. Nous n’avons pas encore de moyens de transport donc on le fait à pieds. Nous devons également transporter les kilos de miel que nous avons récoltés… De plus, la conservation du miel peut s’avérer difficile. Il a tendance à absorber l’humidité et si nous ne travaillons pas rapidement, en prenant nos précautions, nous pouvons diminuer la qualité du miel. "


Le miel, produit du terroir et richesse pour le Congo ?


" Tout d’abord, si l’on prend comme exemple la richesse actuelle du Congo ; le pétrole, son meilleur prix au baril, se situe entre 159 et 160 dollars. Le baril de miel coute entre 5 à 10 fois plus cher que cela. Il y a de très grands territoires avec énormément d’abeilles sauvages qui produisent beaucoup de miel. Par exemple, au nord du pays et sans apiculture, la région de la Likouala produit entre 8 000 et 10 000 litres de miel par an. Nous possédons une véritable richesse. À l’international, le miel congolais est absent. Pourtant, ses propriétés sont particulièrement recherchées car il est 100% biologique et naturel. De plus, l’apiculture peut permettre au Congo de garder une bonne partie de sa biodiversité. L’abeille est un insecte en voie de disparition dans de nombreux pays… En développant l’apiculture, nous pourrons non seulement protéger l’abeille congolaise, qui est une espèce rare, mais aussi toutes les plantes et écosystèmes qui dépendent de l’abeille. En butinant, elle permet à d’autres plantes de survivre. Je pense qu’il faudrait stabiliser la production et l’accès au miel. C’est un produit que les consommateurs obtiennent de manière aléatoire car il y a très peu de producteurs au Congo. Pour que le miel local puisse entrer dans les habitudes de consommation du congolais, il faut que celui-ci puisse trouver son fournisseur chez qui il pourra trouver du miel régulièrement. Nos mamans peuvent faire énormément de choses avec le miel, mais lorsqu’elles ne sont pas sûres d’en trouver, elles vivent comme s’il n’existait pas ! Le miel peut intervenir dans le domaine de la santé lors du changement de saison, on peut l’utiliser en cuisine également… Pour le moment, notre miel est commercialisé chez Casino à Pointe Noire. Nous avons pour projet d’élargir nos canaux de distribution. "


Au cours de ses diverses expériences, le jeune apiculteur développe des qualités qui chaque jour, lui permettent de persévérer.


 " Il faut savoir se laisser charmer par la beauté des animaux et être à l’aise avec la nature, pour affronter la brousse sans électricité pendant deux semaines ! Aussi, des qualités utiles à tout entrepreneur, je dirais qu’il faut savoir rester persévérant. Il est important de se demander " Pourquoi ? ", trouver les réponses à nos questions, être curieux sur ce qui nous entoure afin de ne pas rester sur ses acquis. Nous avons été formatés à trouver des solutions qui existent déjà. Pourtant, il n’existe pas d’obstacles insurmontables. À la réalisation de mon business plan, j’ai conclu qu’il me fallait 110 millions de Francs CFA pour commencer. Ces 110 millions, je ne les ai jamais vus ! Je me suis simplement demandé si je pouvais au moins commencer avec 100 000 milles francs CFA, et effectivement j’ai pu faire énormément."



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À travers chacun de ses projets, Moïse souhaite adresser un message. Il s’agit d’une véritable preuve d’amour et de loyauté envers son pays, le Congo.


"Je me sens comme un pionnier. Je suis comme un maçon devant un terrain nu. Je me dis qu’il y a du travail mais que sur ce terrain, nous pouvons réaliser de belles choses. Certes, au Congo il y a encore beaucoup à faire, mais encore une fois, nous pouvons construire de très belles choses ! C’est ce qui me pousse à travailler car je souhaite être acteur de ces réalisations. Le Congo est encore un " bébé pays ". Je pense qu’il ne faut pas agir tel un consommateur mais plutôt tel un père ou une mère qui veut donner. Au point où en est le Congo actuellement, nous ne pouvons pas lui exiger de nous donner ce que des pays qui ont 500 ou 1 000 ans d’histoire donnent. Ce n’est pas possible ! Le Congo a besoin qu’on lui donne, il faut y venir avec amour. Nous devons nous dire que nous sommes les pères bâtisseurs d’une nation. Le souhait excessif de profit risque de nuire à la durabilité du projet et provoquer le besoin d’aller tenter à l’étranger. Malheureusement, lorsque l’on s’en va en laissant derrière nous d’autres construire, on risque de revenir avec le sentiment de ne plus être chez soi. Ce sentiment est très désagréable. Le Congo est un pays qui a besoin de mes efforts et de moi-même."

 
 
 

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